FEMMES DU MONDE ET RECIPROQUEMENT

#029 – Corinne AMORY BRUNET

Portrait Corinne AMORY BRUNET

Première publication le 24/01/2025 La béninoise Corinne Amory Brunet est la première femme ambassadrice du Bénin en France. Apres avoir commencé une brillante carrière dans un grand groupe, elle a rejoint la diplomatie en 2023, tout en assumant son rôle de jeune maman. Elle partage avec nous sa détermination à promouvoir l’égalité des chances, l’éducation, et le développement durable dans un pays qu’elle décrit comme « un petit État plein de talents ». Ecouter

Anne-Cécile Robert : « Il y a une bataille culturelle à mener pour revaloriser les notions de collectif et de responsabilité envers autrui » 3/3

Portrait d'Anne-Cécile ROBERT

Anne Cécile Robert est directrice adjointe du Monde diplomatique, enseignante et essayiste. Face aux bouleversements du monde et aux risques d’une troisième guerre mondiale, cette spécialiste des institutions européennes et internationales, comme l’ONU, qui a écrit plusieurs livres, nous rappelle dans cet entretien les valeurs pacifistes et humanistes qui constituent sa grille de lecture du monde, son engagement pour la réhabilitation de la paix et sa foi dans le pouvoir de la société civile. Dans les conflits actuels ce sont des gouvernants hommes qui décident unilatéralement d’user de la force plutôt que de la diplomatie multilatérale. Pour ne citer que ceux à la Une de l’actualité : Poutine, Trump ou Nethanyahu n’ont que faire du droit international et montrent leurs biceps. N’y a-t-il pas un lien évident entre pouvoir, violence et masculinité ? Je me pose pas la question en ces termes, parce que lorsque j’écoute Pedro Sanchez, le Premier ministre espagnol, j’entends un homme qui défend à fond les valeurs de paix. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, aussi. Parallèlement, des femmes, dont certaines sont ministres aujourd’hui, ne défendent pas du tout des valeurs pacifistes et humanistes. La question est celle du pouvoir et de la conception qu’on a du pouvoir. Même dans les organisations de type progressiste, le pouvoir est souvent conçu de la même manière, c’est-à-dire vertical, unilatéral, parfois appuyé sur la coercition et la violence. Ce qui fait que quelque soit la personne qui l’exerce, elle l’exerce de la même manière . C’est à cela qu’il faut réfléchir. J’aime bien cette phrase de Michel Foucault : «Le pouvoir ne se prend pas, il s’exerce». La réflexion sur l’exercice du pouvoir reste très limitée. Qu’est-ce que c’est qu’un exercice collectif du pouvoir ? Qu’est-ce qu’un exercice partagé du pouvoir dans lequel chacun pourrait se reconnaître et qui profiterait à tous ? Je ne dis pas que c’est simple, mais je pense que ça s’éduque, ça se réfléchit. Nos sociétés éduquent très peu au collectif et favorisent en permanence les réflexes “individualistes”, renforcés par l’usage des réseaux sociaux, le narcissisme, etc. Il y a une bataille culturelle à mener pour revaloriser le collectif, les notions collectives, de responsabilité envers autrui. On est beaucoup dans des logiques de droit et très peu dans des logiques de devoir. L’une des caractéristiques de l’idéal républicain français sous la Troisième République, était que la logique des droits accompagnait la logique des devoirs. Et que plus vous aviez de pouvoir, plus vous aviez de devoirs. Cette notion des devoirs envers les autres, envers la collectivité, s’est amenuisée aujourd’hui. Elle était beaucoup plus puissante, il y a quelques décennies, dans les associations laïques, les associations communistes, les mouvements humanitaires, mais une bataille culturelle a été menée et a malheureusement favorisé une sorte de transformation de l’être humain en son propre produit, au détriment de ce qui le relie aux autres. Sans doute aussi parce que laisser le champ libre aux logiques verticales, est peut-être plus facile. Il faut donc réhabiliter la collectivité, l’écoute. Oui justement. Les femmes ont davantage été éduquées avec ces valeurs du collectif, de l’attention à l’autre. Et par exemple, on sait que lorsque des femmes participent aux négociations pour la paix, elles sont plus solides et plus durables. Ne pensez-vous pas que si il y avait un peu plus que les 10% actuels de chefs d’État et de gouvernement femmes, c’est-à-dire si on avait une société plus mixte au pouvoir, ce serait l’ouverture vers cet autre mode de gouvernance dont vous parlez ? Là encore, on retrouve l’enjeu des valeurs et qui les portent. Le fait qu’il y ait si peu de femmes est un problème en soi et c’est un problème parce que c’est le résultat d’une discrimination. Or, il y a la question des discriminations envers les femmes mais aussi, comme nous l’évoquions tout à l’heure, celles envers les pays du Sud, envers les classes sociales défavorisées, envers celles/ceux qui n’ont pas les outils culturels. Le constat selon lequel quand il y a plus de femmes aux tables de négociation, la paix est plus solide, ce n’est pas parce qu’elles sont nées femmes mais le résultat de mécanismes sociaux. C’est ce sur quoi il faut travailler : créer des espaces où il y a moins de discriminations, plus d’ouverture, plus de réceptivité à des modèles, des rapports sociaux différents. J’ai travaillé à une époque sur les sociétés africaines traditionnelles, il y avait culturellement, et jusqu’à présent, une mise en avant du collectif, des valeurs sociales par opposition aux valeurs individualistes, et ce, qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes. Je pense qu’on a besoin de plus de ces valeurs africaines, on a besoin d’arbres à palabres, on a besoin de toutes ces choses que les sociétés africaines connaissent, dont Nelson Mandela parlait beaucoup, Kofi Annan également. C’est ce type de diversité qui est intéressant, c’est la diversité sociale, culturelle, intellectuelle qui nous manque aujourd’hui face à un modèle unique qui étouffe tout et qui, de plus, a trouvé ses limites aujourd’hui. Il faut qu’on ait des modèles de transmission et des modèles culturels et éducatifs qui favorisent la diversité des sensibilités, des appréhensions, quel que soit le sexe, sans assignation. Je suis convaincue qu’il faut vraiment arriver à universaliser la manière de poser les problèmes afin que personne ne se sente obligé d’être porte-parole de quelque chose s’il n’en a pas envie. Un mot de conclusion ? Ma conclusion, c’est qu’il faut que tou·tes les citoyen·nes, où qu’ils et elles soient, se mobilisent, parce que rien ne se fera, si on attend tout de celles/ceux qui nous dirigent. Que chacun·e prenne sa part pour essayer de changer le climat intellectuel et culturel actuel, qui est un climat d’affrontement, de guerre civile, de guerre mondiale. Il faut vraiment combattre ça. D’autant plus que cet état d’esprit guerrier peut être présent chez certains dirigeants, mais qu’il est loin d’être dominant dans la société. Propos recueillis par Jocelyne Adriant-Mebtoul 50-50 Magazine Première publication le 31 juillet 2025 dans 50/50 magazine … Lire la suite

#028 – Safina VIRANI

Portrait Safina VIRANI

Première publication le 10/01/2025 L’ougandaise Safina Virani se définit comme une militante féministe radicale et une défenseuse des droits humains. À seulement 24 ans, elle est co-directrice de l’organisation Frauen Initiative Uganda (Initiative des femmes en Ouganda), qui fournit un soutien médical, juridique et psychologique aux femmes dans un pays où les violences domestiques et sexuelles demeurent le deuxième crime le plus répandu. A travers cet épisode, Safina nous parle de la réalité quotidienne des Ougandaises face à une société patriarcale, de ses actions pour la communauté LGBTQIA, et de son engagement pour l’autonomisation des femmes dans son pays. Ecouter

#027 – Enrica DUNCAN

Portrait d'Enrica DUNCAN

Première publication le 13/12/2024 La Brésilienne Enrica Duncan est cofondatrice de l’organisation Mapa do Acolhimento qui offre soutien et accompagnement aux survivantes de violences sexuelles et s’inscrit dans une lutte plus large contre les féminicides, un fléau qui touche particulièrement le Brésil, où une femme est tuée toutes les six heures. Originaire de Rio, Enrica raconte comment son parcours international a enrichi sa perspective féministe solidaire et intersectionnelle. Dans cet épisode, elle analyse la situation géopolitique de son pays, où les droits des femmes sont régulièrement menacés par les conservateurs et l’extrême droite. Elle revient sur l’importance de la Loi Maria da Penha, symbole d’espoir mais encore trop peu appliquée, et sur la nécessité d’une réponse urgente et efficace aux violences de genre. Ecouter

#026 – Claudine MONTEIL

Portrait Claudine MONTEIL

Première publication le 29/11/2024 La Française Claudine Serre Monteil est une féministe historique, écrivaine, historienne, et diplomate de carrière. Amie proche de Simone de Beauvoir, elle fut la plus jeune signataire du célèbre Manifeste des 343 et a dédié sa vie à défendre les droits des femmes. Avec passion, elle revient sur son parcours marqué par ses combats pour le droit à l’IVG, son engagement auprès des institutions internationales pour les droits des femmes, et sa détermination à transmettre son héritage féministe aux nouvelles générations. Claudine Serre Monteil nous parle également de son enfance dans une famille de scientifiques exceptionnels et de ses projets actuels, toujours guidés par une quête de justice et de liberté. Ecouter

#025 – Teodomira ROSALES SIERRA

Portrait Teodomira ROSALES SIERRA

Première publication le 15/11/2024 La Mexicaine Teodomira Rosales Sierra est avocate et défenseuse des droits fondamentaux humains.  Directrice du Centre régional des droits humains à Guerrero, elle se consacre à la protection des victimes de déplacements forcés, de disparitions et de violences sexuelles, dans un pays, et une région,  où l’insécurité et la violence sont omniprésentes et continuent d’augmenter.  Afro-indigène, elle a dû se battre d’abord au sein de sa propre communauté pour accéder à l’éducation et échapper aux normes imposées ainsi qu’aux violences domestiques et conjugales.  Son engagement l’a conduite à lutter pour un droit aussi fondamental que l’accès à l’eau pour les communautés autochtones et les femmes de sa région, au risque de sa propre vie, plusieurs fois menacée. Elle vit aujourd’hui sous protection avec ses quatre enfants. Ecouter

#024 – Vanja PAVLOVIC

Portrait de Vanja PAVLOVIC

Première publication le 01/11/2024 La Bosnienne Vanja Pavlovic est avocate spécialisée en défense criminelle et en droits humains.  Elle consacre sa carrière à lutter juridiquement contre les violences basées sur le genre dans un pays où la prise en charge des victimes est insuffisante et où les institutions peinent à protéger efficacement les femmes.  De plus, elle rappelle que les auteurs restent souvent impunis et que peu d’hommes s’impliquent dans la cause féministe. Ne perdant jamais espoir, l’avocate considère les femmes comme les mieux placées pour faire changer les choses ! À travers son engagement, Vanja Pavlovic témoigne aussi des cicatrices encore visibles de la guerre civile en ex-Yougoslavie, qui a profondément marqué la société et les individu.es Ecouter

#023 – Fatma X

Portrait Fatma X

Première publication le 18/10/2024 L’Egyptienne Fatma, dont nous ne dévoilerons pas le nom pour des raisons de sécurité, est défenseuse des droits humains et directrice d’une association pour la liberté d’expression dans son pays.  La militante nous dévoile les défis auxquels les femmes égyptiennes font face au quotidien, tant sur le plan social que législatif. Elle aborde également son projet : « La voix des femmes », visant à transformer les statistiques des violences faites aux femmes en histoires percutantes pour sensibiliser l’opinion publique.  Au cœur de l’épisode, Fatma nous offre une plongée dans son enfance au sein d’une famille engagée pour l’égalité dans une société conservatrice, ainsi que ses rêves d’un avenir meilleur pour les femmes de son pays. Ecouter

#022 – Roshna KHALID

Portrait Roshna KHALID

Première publication le 04/10/2024 L’Afghane Roshna Khalid était une journaliste de télévision emblématique de la défense des droits humains en Afghanistan. Aujourd’hui exilée en Allemagne depuis août 2021 et la reprise de Kaboul par les talibans qui l’ont interdite d’antenne, elle nous raconte les défis qu’elle a rencontrés dans un pays miné par la corruption ainsi que la censure des autorités et l’hostilité du public conservateur. Roshna Khalid souligne également l’impact positif de son travail au sein de la société afghane et notamment auprès des jeunes femmes qui se sont senties inspirées par son exemple. Enfin, elle nous dit ses espoirs pour l’avenir de son pays. Ecouter

#021 – Nuray SIMSEK

Portrait Nuray SIMSEK

Première publication le 20/09/2024 La Turque Nuray Simsek est professeure de philosophie, syndicaliste et militante défenseuse des droits humains. Elle nous raconte son parcours profondément marqué par la tentative de coup d’État en Turquie en 2016, un événement qui a bouleversé sa vie en provoquant son licenciement brutal, comme de nombreux/ses autres intellectuel.les et activistes à l’époque. La militante nous plonge dans les réalités d’une Turquie en proie à la répression, où la liberté d’expression et les droits fondamentaux ont été bafoués, et où les voix dissidentes, comme la sienne, ont été réduites au silence. Elle nous partage les défis personnels et professionnels qu’elle a dû affronter, notamment en tant que femme. Pourtant, Nuray Simsek ne s’est pas laissée abattre. Au contraire, elle s’est relevée avec encore plus de détermination, en faisant de cette épreuve un point de départ pour intensifier son engagement dans la lutte pour la justice et l’équité. Ecouter