FEMMES DU MONDE ET RECIPROQUEMENT

#057 – Michèle ANDRE

Michèle André

Première publication le 01/03/26 Profession Ministre épisode 1 : Michèle André Michèle André a été Secrétaire d’État aux Droits des femmes de 1988 à 1991. Son action est notamment marquée par le lancement de la première grande campagne concernant les « violences dans le couple » en France, ainsi que par le soutien aux femmes entrepreneuses en France. Son engagement dans la vie politique française se poursuivra sous plusieurs formes. En 2001, elle est élue au Sénat, où elle siègera pendant 16 ans. Deuxième femme à occuper le poste de vice-présidente de la Chambre haute, elle continuera de porter la voix des femmes, notamment au sein de la délégation des droits des femmes, qu’elle présidera plusieurs années. Aujourd’hui à la retraite dans son Auvergne natale, Michèle André revient, pour FMR, sur son mandat, ses réussites et ses frustrations, et la situation des droits des femmes aujourd’hui. Elle se confie enfin sur sa vie personnelle, et ce qui l’a amenée à devenir la femme engagée qu’elle est aujourd’hui. Ecouter

Série spéciale : Profession Ministre

Série Profession Ministre

A l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, sera diffusée du 1er au 8 mars 2026 la série exceptionnelle PROFESSION MINISTRE  du podcast FEMMES ENGAGÉES. Elle permet de faire le point sur l’évolution des droits des femmes en France, depuis la création d’un ministère dédié, il y a plus de cinquante ans en 1974, jusqu’à aujourd’hui.  De la première Secrétaire d’État à la condition féminine, feue Françoise Giroud, jusqu’à l’actuelle ministre déléguée, Aurore Bergé, nommée en janvier 2024, 50 ans et une trentaine de ministres se sont succédées, avec des périodes, parfois longues, sans que la question des droits des femmes soit inscrite officiellement dans la politique gouvernementale. Les entretiens menés avec 8 de ces ministres permettent de recueillir une série de témoignages inédite sur le long chemin vers l’égalité entre les hommes et les femmes, dans notre pays. Ils portent sur le contexte géopolitique de la France, sur l’action de chacune à ce poste, avec ses réussites et ses échecs, et sur ce que chacune de ces femmes politiques de haut niveau considère être la priorité pour les droits des femmes, à présent, en France, et dans le monde. Vous pourrez écouter, dans l’ordre chronologique, :  Michèle ANDRÉ, la plus ancienne que nous avons pu rencontrer, qui fut ministre de 1988 à 1991 Nicole AMELINE, ministre de 2002 à 2005 Najat VALLAUD BELKACEM, ministre de 2012 à 2014 Laurence ROSSIGNOL, ministre de 2016 à 2017 Élisabeth MORENO, ministre de 2020 à 2022 Isabelle ROME , ministre de 2022 à 2023 Bérangère COUILLARD,  ministre de 2023 à 2024 Et  Aurore BERGÉ, Ministre en exercice depuis janvier 2024. *Il n’a pas été possible d’interviewer Mme Yvette ROUDY, aujourd’hui âgée de 97 ans, Ministre de 1981 à 1986. Dans ce podcast entre interview et portrait intimiste, au-delà de leur action politique, nos invitées évoquent leur parcours personnel, ce qui les a conduites à cet exercice du pouvoir politique… et ce qu’elles envisagent pour demain.  Enfin, elles répondent à un petit questionnaire à la manière de Proust, revisité par Femmes du Monde et Réciproquement pour laisser entrevoir un petit peu de leur personnalité.  A vos écouteurs et… Rendez-vous le 1er mars ! Crédits photos :  Najat Vallaud-Belkacem : Astrid di Crollalanza Aurore Bergé : Benoit Granier  

#055 – Le Siècle de Renée

Renée GERARD

Première publication le 30/01/26 La Française Renée Gérard est une experte onusienne, défenseuse des droits humains et militante féministe centenaire.  Dans cet épisode exclusif à l’occasion de ses 100 ans, Renée Gérard revient avec nous sur son siècle de féminisme, en abordant les moments-clés pour les droits des femmes en France comme à l’international : le droit de vote des Françaises, la Conférence de Pékin, la constitutionnalisation de l’IVG… Longtemps fonctionnaire de l’ONU, elle nous raconte ses expériences et ses rencontres à travers l’Asie, l’Afrique et le Moyen-Orient, qui l’ont peu à peu sensibilisée à la cause des femmes. Elle témoigne enfin de ses craintes concernant le contexte géopolitique actuel, l’impuissance des Nations Unies et le recul des droits humains. Ecouter

#054 – Linh Lan DAO

Linh Lan DAO

Première publication le 16/01/26 La Franco-Vietnamienne Linh-Lan Dao est une journaliste, essayiste et activiste antiraciste. Dans cet épisode, Linh-Lan Dao revient sur son combat contre le racisme anti-asiatique en France, qui s’illustre de manière différente des autres types de racisme. Elle dénonce notamment la hiérarchie faite parmi les personnes racisées dans une France au passé colonial toujours présent, et la façon dont la minorité asiatique est mise en avant pour mieux critiquer d’autres minorités, noires et arabes particulièrement. Elle se confie enfin sur son engagement féministe, qui a toujours été une évidence pour elle, car le patriarcat et les violences sexistes et sexuelles existent dans tous les pays du monde. Ecouter

#047 – ORLAN

Photo de ORLAN

Première publication le 03/10/2025 La Française ORLAN est une artiste reconnue à l’international, vivant entre la France et les Etats-Unis. A travers ses œuvres souvent provocantes, elle casse les codes de notre société. Depuis ses débuts dans les années 1960, le féminisme fait partie intégrante de son travail : elle met en avant le corps des femmes, questionnant les attentes esthétiques de la société et dénonçant les violences subies par les femmes. Dans cet épisode, ORLAN revient sur son combat contre les stéréotypes de genre, les violences et la marginalisation des femmes dans l’Histoire. Elle aborde notamment ses œuvres emblématiques telles que L’Origine de la guerre, qui met en lumière les rapports de pouvoir autour du corps et de l’identité. Ecouter

#046 – Vanessa BOUSARDO

Portrait de Vanessa BOUSARDO

Première publication le 19/09/2025 La Française d’origine guadeloupéenne Vanessa Bousardo est avocate en droit pénal et Vice-bâtonnière au Barreau de Paris. En octobre 2024, elle fonde le collectif « Bâtonnières du Monde » visant à améliorer le droit et la gouvernance des femmes dans tous les pays du monde. Dans cet épisode, Vanessa Bousardo évoque l’importance du droit comme levier démocratique, et clef pour l’évolution des droits des femmes. Elle revient également sur les inégalités persistantes dans le milieu juridique, notamment liées à la parentalité. Ecouter

#045 – Gabriela BELAID

Portrait de Gabriela BELAID

Première publication le 05/09/2025 L’Algéro-italo-française Gabriela Belaïd est fondatrice et présidente du Cercle Olympe de Gouges et présidente de CentraleSupélec au Féminin. Elle est également directrice cybersécurité au sein de Tenexa. Engagée pour l’égalité, la lutte contre le sexisme et pour l’inclusion dans le numérique, elle œuvre au quotidien pour ouvrir les métiers du numérique et des sciences (STEM) aux jeunes filles et femmes. Dans cet épisode, Gabriela Belaid alerte sur les biais sexistes dans la technologie. Elle incite les femmes à participer à la conception des nouvelles technologies pour éviter la reproduction de ces inégalités. Ecouter

#039 – Monique DENTAL

Portrait de Monique DENTAL

Première publication le 16/06/2025 La Française Monique Dental est une militante féministe toujours active aujourd’hui dans le réseau féministe Ruptures qu’elle créé dans les années 1970. Elle a conduit une délégation au sein des ONG à la 4ème Conférence mondiale sur les droits des femmes de Pékin, en 1995. Plus récemment, elle a co-dirigé le livre « De Mai 68 au Mouvement de Libération des Femmes (MLF) ». Dans cet épisode, Monique Dental revient sur son implication dans la Conférence de Pékin de 1995, moment de solidarité féministe mondiale, et sur la nécessité de reconnaître l’apartheid de sexe aujourd’hui. Ecouter

Jocelyne Adriant-Mebtoul : « je pense que la diplomatie féministe peut devenir une arme de paix »

Portrait de Jocelyne Adriant-Mebtoul au Forum des Femmes - 2024

Comme chaque automne à Paris, le Women’s Forum a ouvert son grand rendez-vous annuel les 23 et 24 octobre 2024 dans la Maison de la chimie sur le thème de la réconciliation, tandis que les conflits armés n’ont jamais été si nombreux et que le nombre de femmes qui en sont victimes a doublé en 2023, selon le rapport de l’ONU rendu la veille, 22 octobre, sur les femmes, la paix et la sécurité. Plus de 1700 personnes s’y sont pressées pour entendre des exper·tes du monde entier sur les thématiques de la participation des femmes dans tous les domaines de décision, de l’économie au climat, de la santé aux affaires et à la « tech », de la culture au droit et à la politique. La diplomatie féministe comme instrument de re- connexion des Nations entre elles pour favoriser la coopération et la paix y était à l’honneur avec une table ronde qui réunissait autour de la journaliste new-yorkaise Kathryn Pilgrim : l’Ambassadrice Vanessa Frazier, Représentante permanente de Malte aux Nations Unies ; Arancha Gonzalez, Doyenne de l’Ecole des Affaires Internationales de Paris Sciences Po, Ancienne Ministre des Affaires Etrangères d’Espagne ; Begoña Lasagabaster, Directrice de l’égalité des genres à l’UNESCO ; et Jocelyne Adriant-Mebtoul, Présidente de la Commission internationale du Haut Conseil à l’Egalité et fondatrice de l’ONG Femmes du Monde et Réciproquement sur les droits des femmes à l’international. 50-50 Magazine reprend ici les questions posées par la journaliste américaine Kathryn Pilgrim à Jocelyne Adriant-Mebtoul. Comment définiriez vous la diplomatie féministe… En quelques mots, que signifie-t-elle pour vous et quel est son lien avec la notion de « réconciliation » ? Dans un monde en chaos, je crois que la diplomatie féministe est un instrument précieux Pour avoir co-produit le rapport 2023 sur la diplomatie féministe de la France, dans le cadre des missions du Haut Conseil à l’Egalité, je la définis comme la politique d’un Etat qui met au cœur de son action extérieure l’égalité femmes/hommes et la solidarité internationale avec les femmes dont les droits sont bafoués partout dans le monde. Cette dimension peut tout changer car c’est une approche transformatrice de la société. Elle vise notamment à substituer des enjeux de paix aux enjeux de rapports de force et de domination de nos sociétés patriarcales. Pour vous répondre sur le lien avec la « réconciliation », je pense que la diplomatie féministe peut devenir une arme de paix, si les Etats et les politiques qui nous gouvernent le veulent vraiment, car tout est question de volonté politique. Quand la volonté est réelle, les moyens suivent. Vous êtes à la tête de l’organisation «Femmes du monde et réciproquement  et vous êtes depuis longtemps dans le domaine de la participation des femmes aux institutions. En tant que société, nous avons beaucoup progressé en matière de participation des femmes et, en 2024, il semble que nous assistions à un énorme retour en arrière. Pourquoi pensez-vous que cela se produit ? Ce recul s’est amorcé depuis quelques années déjà. Premièrement, à cause des crises mondiales multiples : la pandémie de Covid 19 continue d’avoir un impact délétère dans les domaines sanitaire, de l’économie, du social et de l’environnemental et on en a pour des années à s’en remettre. Deuxièmement, à cause de la vulnérabilité des populations précarisées par les crises : plus les gens se sentent démunis, plus ils ont peur de l’avenir pour eux et pour leurs proches, et plus ils recherchent des personnages « providentiels » qu’ils croient capables de les sauver parce qu’ils parlent de sécurité, de monter des murs au lieu de construire des ponts, de rejeter tout ce qui peut représenter une menace réelle ou supposée. Troisièmement, et c’est le résultat des deux premiers points, on assiste à la montée des régimes autoritaires au même rythme que reculent les démocraties : les régimes autoritaires sont près de 50% sur la planète : ils ont triplé en 30 ans. Et avec eux les conflits prolifèrent sur la planète. On en dénombre une centaine au moment même où on se parle. Les budgets des armées au niveau mondial ont d’ailleurs atteint un record historique. C’est dire ! La conséquence c’est que les droits des femmes et des filles reculent dans les mêmes proportions. L’ONU a rendu avant-hier son rapport alarmant sur les femmes dans les conflits : le nombre de femmes tuées dans les conflits armés a doublé en un an et les violences sexuelles ont augmenté de 50%, le droit international étant de moins en moins respecté par les belligérants et par les Etats qui sont censés le garantir en tant que membres de l’ONU ! Aujourd’hui, qui le respecte en Ukraine, à Gaza, au Soudan, en Afghanistan, au Yémen et ailleurs ? Les droits des femmes sont le baromètre de la société, quand ils vont bien la société va bien et inversement. Regardez l’état économique et politique catastrophique de l’Afghanistan, regardez la situation sociale de la République démocratique du Congo, l’un des pays les plus riches de la planète par son sous-sol minier mais où la population est parmi les plus pauvres : c’est le pays où des millions de femmes et de filles ont été violées et mutilées sexuellement, on dit que c’est « le pays du viol ». Et à l’inverse regardez l’Espagne qui a mis en place une véritable stratégie contre les violences et pour les droits des femmes, qui a réussi en moins de 20 ans à faire diminuer de plus d’un tiers le nombre de féminicides. Il est deux fois moins élevé qu’en France aujourd’hui. C’est donc bien une question de volonté politique. Si l’on se projette dans l’avenir, à quoi ressemblera, selon vous, la diplomatie féministe ? Quelles seront ses implications ? Je pense que la diplomatie féministe est encore en construction. C’est un concept très jeune, qui doit grandir, s’incarner. Il a à peine 10 ans. Aujourd’hui une vingtaine de pays annoncent en avoir une, mais il n’y a pas de définition commune, chacun y met sa propre recette (parfois cela ressemble plus à une … Lire la suite

Anne-Cécile Robert : « Journalisme et enseignement sont des formes de transmission » 1/3

Portrait d'Anne-Cécile ROBERT

Anne Cécile Robert est directrice adjointe du Monde diplomatique, enseignante et essayiste. Face aux bouleversements du monde et aux risques d’une troisième guerre mondiale, cette spécialiste des institutions européennes et internationales, comme l’ONU, qui a écrit plusieurs livre, nous rappelle dans cet entretien les valeurs pacifistes et humanistes qui constituent sa grille de lecture du monde, son engagement pour la réhabilitation de la paix et sa foi dans le pouvoir de la société civile. Anne-Cécile Robert, vous co-dirigez Le Monde Diplomatique, le journal français le plus diffusé au monde avec ses 36 éditions dans 27 langues. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur cette institution du journalisme qui tient une place à part dans la presse nationale et internationale ? Le Monde diplomatique est un mensuel du groupe Le Monde, fondé il y a plus de 70 ans et destiné à l’origine aux ambassades. Depuis une trentaine d’année, il dispose de sa propre rédaction, de ses structures juridiques et de son projet éditorial. Le Monde diplomatique suit l’actualité internationale sans écarter aucun aspect, outre la dimension diplomatique et les relations internationales, il intègre aussi l’économie, le social, la culture, l’histoire. Nous refusons de courir après l’actualité immédiate et choisissons au contraire de prendre le temps de la réflexion et du recul, y compris historique. D’ailleurs notre devise est : « On s’arrête, on réfléchit ». Nous faisons aussi appel à des contributeurs d’horizons divers et sommes dans une approche pluridisciplinaire. Nous avons deux grandes préoccupations : d’une part, être un journal de contre-information, afin de fournir une information qu’on ne trouve pas forcément ailleurs et d’autre part, analyser et critiquer les rapports de domination quels qu’ils soient : Nord/Sud, colonial, mais aussi économique, sociale et, évidemment, de domination des hommes sur les femmes. Je pense que notre lectorat nous est fidèle pour cette constance dans nos lignes directrices et nos valeurs humanistes. Comment et pourquoi avoir choisi Le Monde diplomatique et les enjeux internationaux ? Au départ, je ne me destinais pas du tout au journalisme, mais à l’université. Je suis docteure en droit européen, mais dès mes années lycée j’ai été une grande lectrice du Monde diplomatique. J’ai eu la chance de faire la connaissance de Bernard Cassen (1), qui malheureusement vient de nous quitter. Directeur du Monde diplomatique, il m’a dit un jour : « il y a une place pour toi si ça t’intéresse”. Je n’ai pas hésité une seconde, parce que c’était le Monde diplomatique et ce projet éditorial, sinon je ne serais pas devenue journaliste. D’ailleurs, je n’ai jamais abandonné l’université : j’enseigne à l’IRIS, j’ai été professeure associée à l’Institut européen de l’Université Paris 8 pendant 20 ans et j’enseigne aujourd’hui à Paris 2. Journalisme et enseignement sont des formes de transmission, comme les livres que j’écris, c’est un tout. Mais j’apprécie énormément d’être au Monde diplomatique parce que c’est un espace de liberté essentiel. Il y a peu de journaux où l’on peut s’exprimer librement. J’aime cette possibilité qui m’est offerte d’écrire des articles longs avec des sources, comme dans les revues universitaires. Je pense donc continuer comme ça, à la fois au Monde diplomatique et à l’université, c’est assez cohérent. J’aimerais revenir sur votre dernier livre Le défi de la paix : remodeler les organisations internationales. Sur une planète qui semble s’engouffrer dans la guerre, comment fait-on pour préserver une paix mondiale de plus en plus en fragile, face à certains gouvernants fauteurs de guerre (tous des hommes d’ailleurs) qui prônent la force au détriment du droit international ? Comment revaloriser les notions de paix et d’humanisme et réformer les organisations internationales, à commencer par l’ONU ? Il y a plusieurs aspects… La première chose est de formuler le bon diagnostic, sinon on ne peut pas apporter les bonnes réponses. Je le développe dans Le défi de la paix.  Nous sommes à la fin d’un cycle historique : on vit un changement politique, géopolitique, juridique mais aussi philosophique. C’est quelque chose d’extrêmement profond qui fait tout vaciller sur ses bases : l’ordre mondial né après 1945 risque de disparaître pour être remplacé par un autre, peut-être plus chaotique. La deuxième chose, c’est de poser ce diagnostic de manière juste. Pendant des années, ça a été “un sport national”, voire un sport international, de dire du mal de l’ONU. Il y a eu des articles, des livres pour expliquer à quel point ça ne marchait pas, pour critiquer sans nuance, détruire. Certes, l’ordre international dans lequel nous sommes depuis 80 ans a des défauts. Il a notamment abrité la domination des deux super grands, les Etats-Unis et l’Union Soviétique. C’est vrai que l’ONU est bureaucratique, que le Conseil de sécurité est paralysé par le droit de véto. C’est vrai qu’il y a eu et qu’il y a toujours des échecs : aujourd’hui l’ONU est impuissante à arrêter la guerre en Ukraine comme à Gaza. Mais il faut aussi dire que le système a fonctionné pendant 80 ans. Tout d’abord, il a rempli sa mission fondamentale : éviter la Troisième Guerre mondiale. Une ou deux fois, nous sommes passé·es à quelques heures de son déclenchement et c’est grâce à l’ONU, entre autres, que nous l’avons évité. Pendant 80 ans, l’ONU a permis la coopération internationale, a créé des programmes humanitaires, distribué des milliards d’aide, permis la signature de milliers de traités pour la culture, le social, le développement, le désarmement… ça a marché. Alors, ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain, voyons les choses avec justesse. Enfin la troisième chose, c’est l’une des raisons pour lesquelles on est en train de basculer dans des logiques de force, on a oublié les leçons de l’Histoire. On a beaucoup évoqué, invoqué le devoir de mémoire. Mais on a fait davantage de devoir de mémoire que de devoir d’Histoire. Si on sait qu’il y a eu la guerre, mais qu’on ne comprend pas ce qui a conduit à la guerre, les mécanismes politiques, historiques, économiques qui ont amené les puissances à faire la guerre, on ne se prémunit pas contre le retour de ces mécanismes. C’est le retour de logiques de force qu’on a connu dans le passé et que, malheureusement, notre défaut de transmission historique ne nous a pas permis de détecter plus tôt. Quelles sont ces logiques de force ? Elles sont de plusieurs ordres. Premièrement, on a des logiques de force liées au fonctionnement du système économique. On a vu depuis des années s’exacerber une course folle aux ressources, à l’énergie, aux terres rares. C’est l’un des carburants de la confrontation entre les Etats-Unis et la Chine, par exemple, qui va mettre la main sur les ressources du Congo ou sur les microprocesseurs, les métaux rares? Or, quand ce n’est pas régulé, indépendamment des dégâts sur l’environnement, ça conduit à … Lire la suite